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Stocks & marges··4 min de lecture

Food cost : les 5 erreurs qui mangent 3 points de marge

Un plat à 32 % de coût matière sur la carte, 38 % à la fin du mois. L'écart ne vient jamais d'un seul gros problème — il vient de cinq petits qu'on ne voit pas.

Paul Duval-Stalla

Paul Duval-Stalla

Fondateur de Taskab

Plan de travail en inox : viande crue sur planche en bois, couteau de chef, carnet manuscrit et stylo orange pour le suivi des coûts

Sur la fiche, votre plat est à 32 % de coût matière. À la fin du mois, le comptable vous annonce 35 ou 38 %. Vous cherchez le coupable : le fournisseur, la carte trop longue, l'équipe « trop généreuse ». Rarement la bonne réponse.

Trois points de marge en plus sur le chiffre d'affaires, ce n'est pas une ligne comptable abstraite. Sur un petit restaurant qui tourne à 400 k€ par an, c'est souvent entre 10 et 15 k€ qui partent en silence — sans que personne ait volé quoi que ce soit.

L'écart ne vient presque jamais d'un seul gros problème. Il vient de cinq petites fuites que personne ne mesure au quotidien.

Les 5 erreurs qui coûtent le plus

1. Les grammages à la louche

Sans fiche technique à jour (ou sans fiche du tout), chaque service est une approximation. Aujourd'hui le chef met 180 g de viande, demain 210 g « pour que ce soit joli ». Sur 80 couverts, l'écart se compte en kilos — et en euros.

La fiche technique n'est pas un document administratif. C'est le contrat entre ce que vous croyez vendre et ce que vous payez réellement.

2. Le prix d'achat d'il y a six mois

Le beurre à 6 € le kilo, vous l'avez noté en janvier. En avril il est à 9 €. Si la fiche ne bouge pas, votre marge théorique est un mirage.

Ce n'est pas la faute du grossiste : c'est le décalage entre votre Excel et la réalité du bon de livraison. Les bons fournisseurs ne vous sauvent pas si vous ne mettez jamais à jour vos coûts.

3. Les pertes non comptées

Casse, produit tombé, assiette renvoyée, préparation trop grande la veille, erreur de commande en salle : autant de sorties de stock sans vente. Elles ne passent pas par la caisse — donc elles n'existent pas dans votre tête, mais elles existent dans votre compte en banque.

C'est souvent là que se cache la moitié de l'écart entre le food cost « théorique » et le food cost réel.

4. Le suivi mensuel seulement

Une fois par mois, vous ouvrez le fichier, vous constatez que ça a dérapé, vous promettez de faire attention. Le mois suivant, même scénario.

Le food cost, ce n'est pas un bilan post-mortem. C'est une boucle courte : ce que vous achetez, ce que vous vendez, ce que vous jetez — réconciliés souvent assez pour corriger la trajectoire avant la fin du mois.

5. Personne n'est désigné quand ça dérape

« La marge baisse » n'est pas une action. Qui met à jour les fiches ? Qui valide les nouveaux plats ? Qui note les pertes ? Qui confronte les achats aux ventes ?

Sans propriétaire du chiffre, chacun fait de son mieux — et l'écart grandit quand même.

« Le jour où j'ai calculé le vrai coût d'un burger avec les pertes et le beurre actuel, j'ai compris pourquoi je "gagnais bien" sur le papier et que mon compte en banque ne suivait pas. » — Gérant d'une cantine à Lyon, avril 2026.

Le cycle qui marche

Trois briques, dans cet ordre :

  1. Fiche technique vivante — grammages, rendements, prix d'achat à jour (au moins à chaque changement de tarif fournisseur ou de recette).
  2. Inventaire ou contrôle léger chaque semaine — pas pour tout compter au gramme près, mais pour repérer les catégories qui dérivent (viandes, crèmes, alcools).
  3. Revue mensuelle — écart entre coût théorique et coût réel, avec une règle : si l'écart dépasse un seuil, on arrête d'ajouter des plats et on répare le process.

Ce qui n'est pas le problème (en général)

  • Changer de fournisseur sans changer vos fiches : vous déplacez le problème.
  • Réduire la portion sans communiquer en cuisine : vous créez de la frustration, pas de la marge.
  • Accuser l'équipe sans outil de mesure : vous perdez la confiance, et l'écart reste.

Les fournisseurs trop chers, la carte trop longue, les cuistots généreux — ce sont des symptômes. La cause, c'est presque toujours la même : vous pilotez au feeling ce qui devrait se piloter au chiffre.


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